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HISTOIRE & VÉLO

Le bassin minier du Nord à vélo : terrils, galeries et friterie

Les terrils jumeaux, les galeries de Lewarde où on descend casque jaune sur la tête, et la friterie La Loco à Lens. Le bassin minier du Nord à vélo, tel qu'on l'a vécu sur le Chti Tour.

GT
Graillou Tour
5
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Le bassin minier du Nord, c'est un paysage qu'on ne s'attend pas à trouver beau. Et pourtant. Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle posés comme deux volcans noirs au milieu de la plaine, les corons en briques rouges qui défilent sous les roues, le Centre Historique Minier de Lewarde où on descend casque jaune sur la tête dans des galeries reconstituées. On est venus par curiosité, on est repartis marqués. Voilà ce qu'on a vu, et comment y aller à vélo.

Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais a été exploité pendant près de trois siècles, du XVIIIe jusqu'à la fermeture de la dernière mine en 1990. À son apogée, des dizaines de fosses tournaient en simultané, employant des centaines de milliers de mineurs venus de toute l'Europe, Polonais, Italiens, Marocains, attirés par le charbon et les corons construits à la va-vite autour des puits. C'est cette histoire dense, faite de sueur, de solidarité et de catastrophes, que les paysages du Nord portent encore aujourd'hui dans leurs terrils, leurs briques rouges et leurs cités ouvrières. En 2012, l'UNESCO a classé l'ensemble du bassin minier au patrimoine mondial de l'humanité, reconnaissant non seulement l'architecture industrielle mais aussi la culture ouvrière qui s'est construite ici sur plusieurs générations.

Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle

On arrive par le bas, à vélo, et on les voit de loin avant même de savoir ce que c'est. Deux cônes noirs qui dominent toute la plaine, parfaitement symétriques, presque irréels. Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle sont les plus hauts d'Europe, 186 mètres de schiste accumulé pendant un siècle d'extraction du charbon. On pose les vélos et on monte à pied.

Le relief là-haut est lunaire, volcanique. Une montagne noire posée au milieu d'une plaine absolument plate. Le dimanche, les gens du coin viennent faire leur rando, les trailers s'entraînent dans les pentes. On fait l'aller-retour et on profite de la vue qui porte loin sur toute la plaine minière. C'est là qu'on commence vraiment à sentir ce que la mine a fait au paysage du Nord. Pas une cicatrice exactement, plutôt une empreinte. Quelque chose qui est là, qui reste, et qui finit par être beau à sa manière.

Lens : friterie, bière et vie de quartier

Après la montée des terrils, on redescend vers Lens. La ville est attachante et un peu cabossée à la fois. On sent qu'on est dans un Nord populaire, avec ses coins qui ont du mal, mais globalement les gens sont d'une chaleur qu'on n'attendait pas. L'architecture en briques rouges est typique, et il y a quelque chose d'honnête dans cette ville qui ne cherche pas à faire semblant.

Pour manger, on file à la friterie La Loco, une institution locale juste en face de la gare, là où les jours de match tous les supporters du RC Lens se massent avant d'aller au stade. Mitraillettes, mexicanos, des dizaines de sauces, des trucs improbables qu'on ne commande qu'ici. Autour de nous ça vit fort : un clochard joue de l'harmonica, un vieux bien parti fait de la pétanque sur la route, des voitures qui passent en klaxonnant. Lens c'est un peu n'importe quoi, et c'est exactement pour ça qu'on aime.

À deux pas, le Louvre-Lens vaut le détour si tu as le temps. Le musée a été construit en 2012 dans une ancienne fosse minière et l'architecture de verre reflète les terrils alentour. C'est gratuit pour la galerie du temps, et c'est une façon élégante de prolonger l'histoire du bassin minier autrement qu'en mode industriel.

Le Centre Historique Minier de Lewarde

C'est le grand moment du voyage, et de loin le plus marquant. Le Centre Historique Minier de Lewarde est installé dans l'ancienne fosse Delloye, à une vingtaine de kilomètres de Lens. On y descend dans des galeries reconstituées, casque jaune sur la tête, et on remonte le temps de l'exploitation du charbon dans le Nord.

Les guides racontent les chantiers du XIXe siècle, les veines de charbon d'un mètre de haut où on travaillait à genoux, le boisage en sapin qui craquait pour prévenir l'effondrement. Ils racontent les galibots, ces enfants de douze ans qui chargeaient le charbon. Les chevaux descendus au fond dans des harnais et qui n'en remontaient quasiment jamais. Puis les marteaux-piqueurs, la poussière qui donnait la silicose. Et les grandes catastrophes : le coup de poussier de Courrières en 1906 et ses 1 099 morts, le coup de grisou de Liévin en 1974.

On ressort de là en relativisant sérieusement notre petite vie de cyclistes. C'est une vraie immersion, pas un musée poussiéreux, et ça marque durablement. Compter environ 16 € l'entrée et deux bonnes heures minimum pour en faire le tour correctement.

Comment y aller à vélo ?

Le bassin minier se parcourt idéalement sur deux jours au départ de Lens. Le terrain est globalement plat, ce qui rend ce coin très accessible même en vélo chargé. Les terrils de Loos-en-Gohelle sont à 8 km du centre de Lens, Lewarde à 25 km vers l'est.

Si tu veux intégrer ce tronçon dans un voyage plus long à travers le Nord, on l'a fait dans le cadre d'un Chti Tour de quatre jours de Boulogne-sur-Mer à Aulnoye-Aymeries, en train depuis Paris jusqu'à Boulogne à l'aller, et retour depuis Aulnoye-Aymeries.

Tu peux affiner ta préparation avec notre calculateur de distance idéale à vélo et estimer ton budget avec le simulateur de budget.