20 mars, Normandie, quatre gars à vélo. Sur le papier, ça pouvait sembler risqué. En pratique, c'était cidre frais à l'arrivée, fruits de mer au déjeuner, et ciel bleu du matin au soir. Trois jours, 210 kilomètres, et une presqu'île qui nous a complètement bluffés par sa diversité : des marais aux plages du Débarquement, des ports de pêche aux châteaux, sans oublier une table qui fait honneur au terroir normand à chaque étape. Le Cotentin nous a bien eu.

Étape 1 : Carentan-les-Marais → Brix (70 kilomètres)
Ce Graillou Tour commence vendredi 20 mars à 8h30 à Paris, Gare Saint-Lazare. Au rendez-vous, Pierre et Clément, deux habitués qui ne comptent plus leurs voyages à vélo, et Antoine, qui fait son tout premier Graillou.
On embarque dans notre TER qui a pour terminus Cherbourg, mais d’où nous descendrons en gare de Carentan. Dès la montée dans la voiture 4 qui accueille les emplacements vélos, c’est la surprise : il n’y a que 3 crochets pour les vélos, alors que nous en avons réservé 4, et l’un d’entre eux est déjà occupé. Ça n’est pas grave : on cale les vélos en trop au mieux pour qu’ils ne gênent pas trop le passage, et on n’y pense plus.
Le train part, et c’est l’occasion de réaliser la chance que nous avons : pour un mois de mars en Normandie, la météo annoncée est très clémente : un bon 13°C et surtout : un ciel bleu sans nuage annoncé !
Arrivés à 11h45, nous débarquons à Carentan, et sans tarder nous prenons la route direction La Haye-du-Puits, où nous avons prévu de déjeuner. Le trajet est simple, nous suivons la Vélomaritime, un itinéraire vélo géant de 1500 km qui permet de découvrir le Nord de la France, de la Bretagne jusqu’à la Belgique. Les panneaux, omniprésents sur notre trajet, nous guideront tout au long de ces trois jours et permettent de ne pas se prendre la tête à vérifier trop souvent qu’on ne soit pas perdus.
Nous faisons un crochet par le Mont Castre, situé à 130 mètres d’altitude, pour profiter d’une vue sur les environs et pour explorer les ruines de l’ancienne église, abandonnée depuis la fin du XXème siècle, à l’allure un peu mystique.

Pas le temps de trop tarder : à 13h30, nous sommes attendus au Nor’Cat, un petit restaurant ouvert par Théo et Fanny en 2022, et déjà hautement réputé dans la région pour la qualité de sa cuisine, basée sur l’utilisation de produits des producteurs de la région.
Ce n’est pas pour rien que l’établissement est dans le Petit Futé, le Routard 2025 ou qu’il a obtenu par le Guide Michelin la distinction “Bib Gourmand” qui récompense les restaurants offrant le meilleur rapport qualité-prix : on s’y régale clairement avec un menu du jour entrée/plat/dessert à 21,90€. Une mention spéciale pour le pavé de lieu jaune pêché à la ligne à Cherbourg, ou le dessert chocolaté de Pâques qu’on a pu tester en avant première. Un véritable régal et des recettes raffinées et créatives qui nous font commencer comme il se doit ce Graillou Cotentinais.

La digestion débute et la route redémarre. L’itinéraire emprunte une ancienne voie ferrée, il y a les maisons de passage à niveau, et les anciennes gares. On fait un arrêt au Château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, plutôt bien conservé, ancienne place forte anglaise et symbole de la Guerre de Cent Ans.
Autre arrêt un peu plus loin, à Néhou, au Camp Patton, qui fut le quartier général secret où le célèbre général américain a planifié la percée d'Avranches en juillet 1944, marquant le passage d'une guerre de positions à une libération éclair de la France. C’est aussi ici qu’est placée la première borne de la Voie de la Liberté, qu’on retrouve aussi chez nous à Paris, plus précisément à la Vache Noire à Arcueil.

À Bricquebec, ça fait les courses, avant de rejoindre notre hébergement du soir, le château le Val à Brix. Les derniers kilomètres sont bien éprouvants, avec de la bonne grosse montée qui fatigue bien.
Le château est beau, tenu par Irène, originaire du sud de l’Allemagne. Les lieux sont impressionnants, et nous sommes gentiment accueillis avec une bouteille d’un cidre du coin, bien frais. Après un petit apéro puis un repas cuisiné sur place par Clément, la première journée touche à sa fin.

Étape 2 : Brix → Gouberville (65 kilomètres)
Réveil dans notre château. En bons châtelains, petit déjeuner servi par Irène au rez-de-chaussée, au coin du poêle à bois. La chaleur est agréable, mais nous ne nous éternisons pas car le programme de visite est chargé en ce deuxième jour.
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Vers 9h, nous voilà repartis sur nos vélos, direction Cherbourg, la plus grande ville du Cotentin et port gigantesque avec la plus grande rade artificielle au monde. Cherbourg cumule différentes fonctions, base navale de la Marine Nationale, port de commerce, de pêche, de plaisance, et même de croisière. C’est ici que le Titanic fit sa dernière escale avant de partir pour l’Océan Atlantique.
Avant d’y arriver, nous passons devant le magnifique château des Ravalets, que nous n’avons malheureusement pas le temps de visiter, mais qui en impose déjà depuis la route.
Full descente jusqu’à la Cité de la Mer, où nous visitons Le Redoutable, véritable sous-marin nucléaire lanceur d'engins voulu par le général de Gaulle puis retiré du service dans les années 90 car obsolète. La visite et l’audioguide permettent de bien comprendre le fonctionnement du bâtiment, ambiance le Chant du Loup.

On enchaîne avec les aquariums puis on déjeune au Clopoing, escale incontournable pour les amoureux de la mer. Ici, le concept est simple et authentique : du "fait maison" sans chichi, dicté par les retours de pêche et les producteurs locaux. Bulots, huîtres, crevettes, le tout accompagné de traditions généreusement tartinées avec du beurre de Normandie. Le Clopoing, c’est le nom local du tourteau, qu’on tape au maillet au milieu de la table pour récupérer le moindre petit morceau de chair.

Comme la veille, c’est en pleine digestion que nous reprenons la route, en commençant par remonter ce que nous avions descendu quelques heures auparavant.
Ensuite c'est direction Le Vast ou on s'arrête pour acheter la fameuse Brioche du Vast, à la recette inchangée depuis près d’un siècle, et qui évidemment est basée sur l’utilisation d’une quantité de beurre très importante.

Le goûter avalé, c’est en direction Barfleur que nous repartons, et ou on se fait une belle pause avec une petite pinte bien méritée en terrasse. Très beau village, paisible, survolé par les mouettes et à la vue sur le port à marée basse si typique, avec les bateaux sur le sable à perte de vue.
L’heure tourne, et la fin de journée approche. Nous arrivons à notre second hébergement, situé à Gouberville : Retour aux sources. Cette charmante maison d’hôtes se trouve au milieu d’un beau jardin verdoyant, et d’une petite ferme joyeuse où l’on retrouve Ginette la truie, accompagnée de ses acolytes : biquette, poules, canards, dindes et mêmes des cochons d’Inde.
L’endroit est apaisant, les chambres belles et modernes, idéales pour se reposer après une longue journée de vélo. Nous posons les affaires rapidement avant de repartir admirer le coucher de soleil sur la plage à quelques centaines de mètres, d’où nous apercevons au loin les batteries de Caqueret.

Nous profitons de ce beau moment pour un petit apéro improvisé, avant que le froid ne s’installe et que nous rentrions pour le plat de résistance : un bon poulet à la normande cuisiné par Antoine, à grand renfort de cidre du coin, et pour finir en douceur pot géant de teurgoule parfumé cette fois-ci à la cannelle.
Étape 3 : Gouberville → Carentan (75 kilomètres)
Au réveil, le calme de Retour aux sources offre un réveil des plus doux. Le chant des oiseaux et la lumière du matin finissent de nous préparer pour cette dernière journée de vélo qui sera aussi la plus longue.
À la table du petit déjeuner, Aurélie et Nicolas nous servent avec fierté leurs mets faits maison : jus des pommes du jardin, yaourt artisanal, et nous font découvrir un des fromages locaux, la Trappe de Bricquebec, fabriqué à l'origine par les moines de l'abbaye de Bricquebec, et au goût équilibré et pas trop fort, idéal pour le matin.
Pendant qu’on termine de manger, Nicolas prépare les ormeaux qu’il cuisinera le midi même. Ce sont des gros mollusques, un peu comme des moules géantes, qu’il doit tabasser à grands coups de casserole pour les aplatir et les attendrir avant la cuisson. Ça fait un vrai boucan, heureusement tout le monde est réveillé dans la maison.

C’est l’heure de décamper pour cette journée finale durant laquelle nous allons en grande partie longer la côte jusqu’à Carentan. On commence par un passage à Saint-Vaast, village préféré des Français en 2019, où la fin de brioche de la veille accompagne à merveille le café. La route continue, l’heure tourne une fois de plus, et le moment de déjeuner arrive. C’est à Ravenoville que nous faisons halte, au café restaurant PMU l’Escale. Ici, une vraie ambiance de café rural, pas grand monde, quelques habitués seulement en ce dimanche midi, mais une impression d’être chez soi, à l’aise. En fond sonore, un best of d’Aznavour. La cuisine, simple mais réconfortante, à l’image de la cassolette normande alliant camembert, andouille et pomme, est accompagnée de quelques bières et de vin rouge qui montent rapidement à la tête. On profite de l’attente entre deux plats pour jouer quelques grilles à l’Amigo et espérer gagner les 20 000 euros, sans succès mais on a passé un très bon moment et c’est l’essentiel.

L'après-midi, nous continuons de longer la côte jusqu'à Utah Beach. Il y a quelque chose de paradoxal à pédaler sur ces routes en rigolant, le ventre plein, sous un ciel bleu, et réaliser que quatre-vingts ans plus tôt, des gars bien plus jeunes que nous débarquaient ici dans des conditions qu'on ne peut même pas imaginer. Le musée remet les choses en perspective. On en ressort moins bavards, mais toujours avec l'envie de profiter de chaque kilomètre qui reste.
La route se poursuit et nous traversons la zone naturelle des Marais, connue pour permettre l’observation de nombreuses espèces d’oiseaux, certaines très rares. Nous n’avons pas non plus le temps de trop nous attarder et arrivons à Carentan environ 1h avant le départ de notre train qui nous ramènera à Paris.

Ce Graillou Tour s’achève comme il a commencé : avec le goût du terroir sur les papilles et une ultime lampée de cidre partagé dans le train du retour. Un peu KO, on réalise la chance incroyable que nous avons eue : parcourir ces routes sous un ciel bleu et une douceur printanière inespérée pour un mois de mars a rendu l'expérience parfaite. Le Cotentin nous a vraiment impressionnés par son immense diversité, aussi généreux dans l'assiette que dans ses paysages. Une seule certitude : on reviendra.
Infos pratiques
🚆 Comment y aller ? Ligne Paris Saint-Lazare → Cherbourg, arrêt Carentan-les-Marais, environ 2h30. Pensez à réserver vos emplacements vélo à l'avance sur le site SNCF? Plus d'informations sur comment emporter son vélo dans le train.
🗺️ L'itinéraire : 210 kilomètres sur 3 jours, principalement sur la Vélomaritime (EV4), bien balisée tout au long du parcours. Niveau intermédiaire.
🍽️ Les adresses
- Le Nor'Cat La Haye-du-Puits. Coup de coeur du voyage. Menu du jour entrée/plat/dessert à 21,90€.
- Le Clopoing à Cherbourg. Fruits de mer, produits locaux, ambiance authentique. Assiete de la mer autour de 20-25€.
- L'Escale à Ravenoville. Café-restaurant PMU, cuisine simple et réconfortante.
- La Brioche du Vast à Le Vast.
🏠 Les hébergements
- Château le Val à Brix. Tenu par Irène. 210€ la nuit pour 4, petit dej inclus.
- Retour aux sources à Gouberville. Coup de coeur du voyage. Maison d'hôtes avec ferme, tenu par Aurélie et Nicolas. 233€ la nuit pour 4, petit dej inclus.
📅 La période idéale Mars peut réserver de bonnes surprises comme ce voyage en témoigne. La haute saison reste juillet-août, mais le Cotentin se prête très bien aux voyages de printemps ou d'automne : moins de monde, prix plus doux, lumière souvent magnifique.
🚲 Infos vélo : Itinéraire majoritairement sur routes et pistes balisées Vélomaritime. Prévoir des sacoches imperméables au cas où, on est en Normandie quand même.

























