Quercy à vélo : canard, noix et beaux villages
4 jours à vélo de Montauban à Brive-la-Gaillarde via Cahors, Rocamadour et Collonges-la-Rouge. La Vagabonde, les noix du Quercy, le pont Valenté et un déjeuner mémorable au moulin de Martel.
Réveil à 5h du matin pour attraper l’Intercités de 6h30 à Paris Austerlitz, direction Montauban. 6h30 de train, mais l’Intercités a l’avantage de prendre les vélos sans réservation compliquée et sans démontage, ce qui simplifie pas mal la logistique de départ. Pique-nique préparé à l’avance dans le wagon, on évite de devoir chercher un truc à manger en arrivant.
Jour 1 — De Paris à Cahors via Montauban
Arrivée à Montauban en début d’après-midi sous un grand soleil. Photo devant la gare et on rejoint notre tracé : la Vagabonde, une véloroute qui traverse le Tarn-et-Garonne et le Lot en suivant grosso modo la vallée. 70 km à faire avant la fin de journée, faut pas traîner.
Première pause à Lafrançaise, joli bourg perché du Tarn-et-Garonne, à une vingtaine de kilomètres de Montauban. Café et petit jus dans un troquet sur la place pour relancer la machine, parce qu’un Graillou Tour qui démarre sans pause café c’est déjà mal parti. On repart vers le nord et 20 km plus loin on attaque la montée vers Castelnau-Montratier.
Le village se mérite : perché sur une butte avec son église qui domine le paysage et qu’on aperçoit de loin. Ça grimpe sec sur le dernier kilomètre, mais une fois là-haut la place ombragée vaut largement le détour. Pause goûter, tarte aux noix locale parce qu’on est dans le Lot et qu’il faut bien commencer à honorer le terroir, et on repart pour la dernière partie de l’étape.

Arrivée à Cahors vers 18h30 après une fin d’étape qui descend doucement vers la vallée du Lot. On débouche sur le pont Valentré, ouvrage fortifié du XIVe siècle classé à l’UNESCO, avec ses trois tours médiévales qui se réflèchissent dans le Lot. Une des images emblématiques du Quercy, et un vrai morceau d’architecture militaire médiévale conservé en l’état.
Direction Hi Cahors pour la nuit, bien situé avec un rooftop qui donne sur le pont. Douche rapide et on repart visiter Cahors avant qu’il fasse nuit. Petit verre sur la place principale, avec sa fontaine et ses sculptures, et on prend le temps de tourner un peu dans les ruelles du centre médiéval avant le dîner.
Dîner au Grill de Julia, repéré à l’avance. Premier magret de canard du voyage pour ma part, en bon graillou qui se respecte dans le Sud-Ouest. Les autres prennent des burgers aux saveurs locales : un chèvre-miel-Rocamadour, un autre avec sauce au Malbec. Le Malbec d’ailleurs c’est le cépage emblématique de Cahors, qu’on appelle parfois “vin noir” pour sa robe particulièrement profonde. Évidemment on le goûte dès le premier soir, faut bien faire les choses.

Retour à l’auberge le long du Lot, qui ceinture la ville sur trois côtés et lui donne sa forme de presqu’île. On se couche tôt, la journée a été longue avec le réveil aux aurores et les 75 km après le train.
Jour 2 — De Cahors à Rocamadour
Réveil pas trop tôt mais quand même matinal pour profiter du petit-déjeuner au dernier étage de l’auberge, avec vue sur le pont Valenté au lever du jour. Le petit-déj reste un petit-déj d’auberge, pas du tout de gamme mais ça blinde correctement pour la route.
On reprend la Vagabonde, toujours aussi bien balisée, direction nord. 65 km au programme aujourd’hui. On longe d’abord le Lot puis on remonte le long du Vers, un petit affluent du Lot qui donne son nom au village qu’on traverse. Le tracé est plutôt roulant, on bombarde tranquillement. Quelques arrêts photo en chemin pour observer les pêcheurs sur les berges.
La journée n’est pas plate pour autant, et la grosse montée vers Labastide-Murat met les jambes à l’épreuve. KO en haut, mais on y est.

Ensuite, direction la ferme de Morgane, une toute petite exploitation caprine en agriculture biologique. Morgane élève des chèvres de race poitevine, une race rustique aujourd’hui menacée en France. Ses bêtes sont conduites en pâture toute l’année et fonctionnent en lactation continue, ce qui leur évite de supporter une mise bas chaque année. Elles produisent moins de lait, mais d’excellente qualité.
On échange quelques mots avec Morgane qui prend le temps de tout expliquer, on caresse les biquettes, et on repart avec les cabécous dans les sacoches.

Quelques bornes plus loin on s’arrête à Montfaucon où on tombe sur Chez Aline, une épicerie locale qui fait aussi point de pain. Et là c’est florilège de saveurs : rillettes de porc noir, terrine à la truite fumée, fromages divers et variés, plein de trucs qu’on a aucune raison valable de ne pas acheter pour le pique-nique. On complète avec les fromages de Morgane et on s’installe sur la place devant l’hôtel de ville pour un déjeuner bien graillou. Bière locale en accompagnement, gâteau aux noix en dessert. Café d’après chez Jeanne, le bistrot juste à côté. Pause de midi excellente.
L’après-midi on reprend la route vers Rocamadour sous un grand soleil. Première fois que je le vois en vrai et la claque est totale. Un peu Mont-Saint-Michel dans l’esprit, mais accroché à la falaise au lieu d’être posé sur la mer, et avec une dimension nettement plus mystique. Le sanctuaire est un haut lieu de pèlerinage depuis le Moyen Âge, ce qui se sent encore aujourd’hui dans l’ambiance du village.
L’accès en revanche est hardcore. La montée finale est tellement raide que seul Clément réussit à la faire en pédalant, les autres mettent pied à terre. Ça pique mais on y est.
On pose les sacoches au Relais Amadourien, hôtel deux étoiles bien situé avec une chambre pour quatre. Petit repos, douche, et on repart visiter la cité. Verre dans un café avant la réservation du soir, avec planche apéro composée d’un Rocamadour AOP (le fromage de chèvre emblématique de la région) et d’un fromage local aux noix.
Dîner au Quercygnac où on enchaîne les classiques du coin. Apéro Vin de Noix pour ma part, un vin rouge aromaticé à la noix verte que je connaissais pas et qui m’a bien plu. Les autres tentent le Fénelon, un cocktail traditionnel du Quercy à base de vin rouge, crème de noix et cassis. Ensuite pichet de Cahors (faut bien rester cohérent avec le voyage), entrée salade au Rocamadour chaud, et confit de canard en plat principal. Sud-Ouest dans toute sa splendeur.
Remontée à pied jusqu’à l’hôtel à la nuit tombée. Le village éclairé prend une dimension presque irréelle, on sent vraiment l’aspect spirituel des lieux. Coucher rapide, la journée a été dense.
Jour 3 — De Rocamadour à Gagnac-sur-Cère
Réveil au Relais Amadourien et profitant de m’être levé tôt, je sors faire quelques photos pendant que Rocamadour est encore endormi. Petit-déj sur place puis on reprend la route, toujours sur la Vagabonde.

Premier arrêt rapide à la Borie d’Imbert, une ferme juste au nord de Rocamadour. Évidemment on a déjà petit-déjeuner, mais l’idée d’enchaîner sur du fromage de Rocamadour c’est exactement le genre de logique graillou qu’on aime bien défendre. On craque pour quelques fromages et on repart les sacoches bien remplies.
C’est la journée la plus chill du voyage. Globalement on part de Rocamadour, on rejoint la Dordogne au niveau de La Cave et on la suit ensuite. Le tracé devient nettement plus plat que les jours précédents, ce qui ne fait pas de mal après le dénivelé des deux premiers jours.
On arrive à Martel, dite “la ville aux sept tours”, une vraie cité médiévale magnifiquement conservée, avec ses halles, ses ruelles et ses maisons à colombages. C’est là qu’on déjeune, et pas n’importe où.
Gros morceau du voyage. On mange à La Table du Moulin, le restaurant familial des Castagne, une famille installée à Martel depuis six générations. Et là c’est pas une simple adresse de plus : les Castagne cultivent 47 hectares de noyers en agriculture biologique qui produisent jusqu’à 100 tonnes de noix par an, ils font aussi tourner un vieux moulin à huile de noix remis en service il y a 50 ans par le grand-père de l’actuel huilier, et ils ont en plus 4 hectares de vignobles bio où ils cultivent six cépages pour produire leurs propres vins naturels. Vendanges à la main, en cagettes. Le tout en circuit court intégral, c’est l’incarnation parfaite du terroir quercynois.
Le restaurant donne sur des vergers de noyers à perte de vue. C’est aussi là qu’on perçoit nettement le changement de paysage : on est passés du causse calcaire des deux premiers jours à la vallée de la Dordogne et son terroir nucicole. La noix est partout.
On est les seuls clients ce midi-là, en avril c’est pas encore la haute saison, mais le service est aux petits soins. Je reprends un vin de noix en apéro. En entrée, terrine à la noix maison avec des toasts qu’on agrémente d’huile de noix Castagne. Tout est fait autour de la noix, et c’est cohérent jusqu’au bout. On accompagne de leur propre bouteille de rouge bio, produit dans leurs vignes à quelques centaines de mètres. Truite pour ma part, saucisse de Toulouse pour les autres, le tout avec des pommes de terre façon sarladaise (ail et persil cuits dans la graisse de canard).
Et pour terminer en beauté, on enchaîne les desserts. Pastis quercynois, une pâtisserie locale en pâte feuilletée très fine fourrée à la pomme. Et pour ma part, nougat glacé à la noix en supplément, parce qu’il faut bien tester la gamme complète. La serveuse nous offre la prune en digestif et nous laisse carrement la bouteille sur la table — qu’on attaque en même temps que l’expresso, parce qu’on n’est plus à ça près.

On a aussi droit à la visite du moulin à huile, qui est vraiment top. On voit comment fonctionne la presse, le processus de fabrication, et on a une présentation détaillée de tous les produits maison. À recommander chaudement à toute personne qui passe dans le coin, c’est une étape à part entière.
Une fois la visite terminée, on reprend la route dans les vergers de noyers. Moutons et petits chevaux sur le bord du chemin, tout est très tranquille. On arrive à Gagnac-sur-Cère où on dort à Ostal de Gagnac, une maison d’hôtes tenue par un couple charmant.
Bonne surprise à l’arrivée : on a accès à la piscine, et on est les premiers de la saison à se baigner. Après une grosse journée de vélo et un déjeuner conséquent, c’est exactement ce qu’il fallait. Pour le dîner on fait simple, food truck à Biars-sur-Cère juste à côté. Pas la peine d’en rajouter après le festin du midi.
Coucher rapide, la journée a été riche et il en reste encore une.
Jour 4 — De Gagnac-sur-Cère à Brive-la-Gaillarde
Réveil à l’Ostal de Gagnac. Avant de partir, autre détail qui mérite d’être mentionné : les hôtes font leur propre miel et leur propre jus de pomme avec les pommes du jardin. Tout ça se déguste au petit-déjeuner et c’est franchement excellent. C’est typiquement le genre de circuit court qui rend les hébergements ruraux mémorables.
Petit-déj à 7h30, parce qu’on a une grosse journée devant nous : c’est le jour du retour, on doit attraper le train à Brive-la-Gaillarde en fin d’après-midi. Et c’est surtout l’étape la plus dure du voyage — pas en kilomètres (une soixantaine), mais en dénivelé. On entre en effet dans le Bas-Limousin, terrain bien plus vallonné que la vallée de la Dordogne.
C’est aussi une des plus belles journées parce qu’on enchaîne plusieurs Plus Beaux Villages de France, label dont la Corrèze et le Lot sont particulièrement bien dotés.
Première étape : Beaulieu-sur-Dordogne, juste à côté de Gagnac, déjà classé Plus Beau Village de France. Pause café et on repart en direction de Brive.
Et là ça commence à piquer. Montées sur montées, très peu de plat, le terrain devient impitoyable. On arrive à Curemonte, autre Plus Beau Village de France, perché sur une crête qui domine trois vallées et avec ses trois châteaux dans le même village (oui, trois). Comme tous les villages perchés du coin, ça se mérite — on le voit d’en bas et il faut grimper sec pour y accéder.
Pause café au village. On en profite pour goûter un apéritif local à base de pissenlit, fabriqué directement à Curemonte. Anecdote du jour : Pierre se fait piquer par une guêpe, mais s’en sort sans dégât.
Le déjeuner, c’est l’autre gros morceau du voyage avec La Table du Moulin la veille. On s’arrête à Collonges-la-Rouge, classée Plus Beau Village de France elle aussi, et c’est un truc qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie. La particularité du village c’est qu’il est entièrement bâti en grès rouge, une pierre extraite localement qui donne aux bâtiments une teinte ocre intense, presque irréelle au soleil. C’est d’ailleurs ce village qui a été à l’origine de la création du label des Plus Beaux Villages de France en 1982.
On mange au Cantou, une institution locale. Salade Rocamadour gésiers en entrée, et en plat la spécialité de la maison : omelette aux cèpes, que je prends avec Clément. Les autres se lancent sur des ris de veau. C’est vraiment une cuisine de terroir bien faite. On accompagne le tout d’un Coteaux de Glanes rouge, un petit vin du nord du Lot qui colle parfaitement avec les plats. Tarte aux noix en dessert pour rester dans le thème du voyage. Très bon repas, l’adresse mérite sa réputation.
Et ensuite il faut reprendre la route. Reprendre 30 km de vallons après un repas pareil, c’est sans doute le moment le plus dur du voyage. On a tous un peu mal mais on s’en sort.
Arrivée à Brive-la-Gaillarde dans l’après-midi, train de 17h50 vers Paris Austerlitz. On en profite pour prendre un truc à la boulangerie qu’on mange dans le train. Retour à Paris dans la soirée.
Fin du Graillou Tour Quercy.

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